Carmen Miranda est un mythe planétaire qui dépasse largement les frontières du Brésil. Dans les années 40, elle a popularisé la musique sud-américaine. Sous les incroyables coiffures en corbeille de fruits et le glamour hollywoodien, se livre une grande artiste…
De Carmen Miranda, on ne retient souvent que les savants échafaudages de fruits érigés en coiffures et le kitch des comédies musicales hollywoodiennes en technicolor (plus ou moins réussies). Bananes et navets. Et pourtant, Carmen Miranda fait partie des mythes fondateurs des musiques du monde dans les années 40, en contribuant largement à la démocratisation des musiques sud-américaines. Qu'importe aujourd'hui si cette popularité était entachée d'une vision colonialiste de la musique (on lui a souvent reproché -notamment au Brésil- d'être américanisée) et si son succès était plus dû à un attrait pour l'exotisme qu'à ses réels talents artistiques. Elle était une véritable bête de scène, une remarquable danseuse et une bonne chanteuse. Et son étoile brille toujours au panthéon des stars de Broadway, d'Hollywood, de Rio et de tout le continent américain. Maria do Carmo Miranda da Cunha (son réel état civil) est née le 9 février 1909 à Marco de Canavezes au Portugal. Elle n'a que deux ans lorsque sa famille décide d'émigrer au Brésil, direction Rio de Janeiro. Très jeune, elle intègre une école de samba. Dès la fin des années 20 et au début des années 30, elle devient une vraie vedette au Brésil. Sa rencontre avec Almirante (pionnier de la radio, chanteur, compositeur de talent…) est déterminante. Ensemble, ils se produisent sur scène, dans des films ou des émissions de radio, et remportent d'incroyables succès qui ne font que s'accumuler tout au long des années 30. A cette époque, le Brésil vit une véritable euphorie économique, contrastée à un contexte mondial des plus noirs. Et à l'aube des années 40, lorsque les Etats-Unis d'Amérique entrent dans le grand conflit international, ils se tournent vers les capitaux brésiliens pour soutenir l'effort de guerre. Comme tous les moyens sont bons pour séduire les investisseurs et que l'industrie du divertissement (Hollywood en tête) devient une fabuleuse machine de propagande, des producteurs invitent Carmen Miranda à Hollywood. L'objectif est double : flatter les Brésiliens et accoutumer le public nord-américain à la samba (du style : "Voyez, nos voisins ne sont pas complètement des sauvages ; ils savent aussi faire de la musique"). La star brésilienne fait ainsi, en 1939, ses premiers pas sur une scène de Broadway, aux côtés d'Abbot et Costello (les deux nigauds de service qui sévissent dans un nombre impressionnant de navets cinématographiques) dans "the Streets of Paris", une œuvre qui ne laissera pas une trace impérissable. En 1940, elle figure en guest dans une comédie musicale, "Down Argentine Way", dont la vedette est Betty Grable. Ce film sera le véritable point de départ de sa carrière hollywoodienne. A partir de là, les films et les comédies musicales s'enchaînent en se ressemblant. La popularité de Carmen Miranda est proportionnelle à la hauteur de ses coiffures (dans certains films, les corbeilles de fruits échafaudées sur sa tête dépasseront 1 mètre 20 !). Signe infaillible de renommée, elle est systématiquement caricaturée dans les dessins animés (notamment ceux de Tex Avery) dès qu'une danseuse exotique est représentée. Carmen passe son temps à faire la navette entre Hollywood et Broadway. Il faut dire qu'elle n'est retournée au Brésil que deux fois, brièvement: l'une en 1940, pour clouer le bec à ses détracteurs (qui prétendent qu'elle s'est américanisée et a perdu toute authenticité) lors d'une tournée triomphale, l'autre, en 1954, quelques mois avant sa mort. Lorsque Carmen Miranda décède d'une crise cardiaque en 1955, elle a à son actif plus de 14 films, environ 400 enregistrements et des millions de fans dans le monde entier.
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